Jacques Lapouge: « La diplomatie économique est la priorité »

Jacques LapougeJacques Lapouge a pris les fonctions d’ambassadeur de France en Thaïlande en septembre dernier. Pour son premier entretien avec la presse il a choisi lepetitjournal.com

Jacques Lapouge a pris les fonctions d’ambassadeur de France en Thaïlande le 6 septembre 2018. Diplômé de l’ESSEC et de l’ENA , ce diplomate de 60 ans a notamment déjà occupé des postes d’ambassadeur en Malaisie, en Afrique du Sud et en Suède (voir sa bio ici).

Spécialisé dans la diplomatie économique et multilatérale, il arrive à un moment clé pour les relations franco-thaïlandaises. La Thaïlande, qui affiche de grandes ambitions de développement économique et de modernisation vient de prendre pour un an la présidence de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) et s’apprête, à quelques semaines d’intervalle, à organiser les premières élections législatives depuis huit ans puis à couronner son nouveau roi.

Autant dire que son agenda s’annonce bien rempli pour les mois à venir. Un agenda dédié avant tout aux intérêts économiques, mais pas seulement.

Dans sa toute première interview accordée à la presse en Thaïlande, il revient sur les grands rendez-vous diplomatiques de l’année à venir, les principaux enjeux économiques, la coopération et la communauté française.

Lepetitjournal.com : Quels sont les principaux évènements en Thaïlande qui vont vous occuper en 2019? 

Jacques Lapouge : Cette année sera particulièrement riche en évènements, à commencer par le couronnement, moment très important dans l’histoire du royaume compte tenu du respect dont le roi jouit dans ce pays. Ce sera un moment fort et je me réjouis d’être en Thaïlande pour le vivre.
Autre moment très attendu, les élections. La date du 24 mars a été annoncée et c’est une bonne nouvelle. Il y a déjà eu une réaction du porte-parole de l’Union Européenne qui reflète ce que pensent les Etats membres de l’UE à savoir que c’est une étape importante vers le retour du pays à la démocratie. De ce point de vue, on ne peut que s’en réjouir.
Un autre grand évènement de 2019 pour la Thaïlande est la présidence de l’Asean. C’est important, d’autant que la Thaïlande a vis-à-vis de l’Asean – continentale notamment – une vraie stratégie d’intégration régionale, de connectivité avec ses voisins indochinois. Et donc, pour le pays, c’est  un moment fort – même si cela va être lourd à conduire la même année que les élections et le couronnement.

Quels risques et opportunités voyez-vous pour la France avec les élections ?

Je ne vais pas anticiper des risques. Nous allons partir du principe que le scrutin se déroulera normalement d’autant que les mesures restrictives sur les réunions politiques ont été progressivement levées et que, maintenant, les partis sont libres de commencer leur campagne.

Evidemment, nous sommes attachés à ce que celle-ci se déroule dans des conditions de sérénité, d’ouverture, avec un respect de la liberté d’expression et de réunion qui garantissent que le scrutin sera libre et équitable et puisse déboucher sur un gouvernement correspondant au résultat du vote.

Globalement, les opportunités de cet évènement sont réelles. Le fait qu’un gouvernement sorte de ces élections avec une légitimité démocratique va donner de la visibilité. Et cela est important, tout particulièrement pour les entreprises, qui souhaitent avoir des garanties de stabilité sur l’avenir. Mais naturellement les opportunités vont au-delà du seul volet économique.

Quid des jalons posés par la Constitution de 2017 ?

Je ne vais pas commenter la Constitution thaïlandaise, si ce n’est pour rappeler qu’elle a été adoptée par référendum. Pour le reste, il faudra voir à l’usage comment les choses se passeront concrètement après les élections. Ne partons pas du principe que tout est joué d’avance. Je suis convaincu que le résultat des élections sera le facteur essentiel.

Mais il y a tout de même le fameux plan stratégique sur vingt ans que tout gouvernement se doit de suivre…

L’essentiel des mesures économiques et notamment le programme d’infrastructures EEC (Eastern Economic Corridor) doit être replacé dans son contexte.  La Thaïlande, depuis 2008, n’a sans doute pas assez investi – cela se reflète dans les chiffres de la croissance. Et donc, le fait qu’il y ait une relance du programme d’investissements dans le cadre de l’EEC, et un programme de modernisation – Thailand 4.0 – nos entreprises jugent cela positivement.

Quelles opportunités pour la France voyez-vous dans la présidence thaïlandaise de l’Asean ?

Cette présidence est importante pour la France. Nous avons adopté un nouveau livre blanc sur notre stratégie indo-pacifique qui affirme la centralité de l’Asean. Nous voulons donc vraiment, France comme UE, renforcer nos relations avec l’Asean. Nous allons par conséquent profiter de la présidence thaïlandaise pour le faire.

L’UE recherche un partenariat stratégique avec l’Asean et cette dernière y a donné son accord de principe, même s’il reste à lever les dernières réserves de certains pays de l’Asean.

Quant à la France, nous voudrions profiter de la présidence thaïlandaise pour développer des coopérations concrètes, notamment dans le domaine du développement durable qui est l’axe de cette présidence.

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