Hors normes et Thaïlandais malgré tout !

ThaïlandaisEugénie Mérieau présente jeudi son nouvel essai « Les Thaïlandais – Lignes de Vie d’un Peuple« . Les héros de ce roman national sont le poil à gratter de la société siamoise. Sans complexes, ils débarrassent leur pays de ses faux nez.

Amateurs de cartes postales mielleuses, continuez à sourire et passez votre chemin. Expatriés bercés par la gentillesse des Thaïlandais, retenez l’indignation qui vous gagne parfois face aux visions plus amères, trop vite perçues comme un dénigrement de votre si confortable pays d’accueil.

Chercheuse en sciences politiques, Eugénie Mérieau (1) assume cette fois le rôle d’un metteur en scène. Elle use de différentes focales pour tantôt prendre du recul, tantôt se concentrer sur des expériences particulières, tout en diversifiant les perspectives. En alternant dialogues roboratifs et évocations de figures hautes en couleur, son scénario évite les limbes de l’abstraction pour proposer en 150 pages une sociologie à chaud.

Au fil des pages, toutes ces visions s’enchevêtrent pour tisser une fresque de la Thaïlande d’aujourd’hui. En échos aux témoignages venus de l’Issan, c’est depuis la capitale qu’une économiste élargit la perspective. Pasuk Phongphaichit rappelle « qu’en 2011, Bangkok, avec 17 % de la population, a reçu 72 % de l’ensemble des dépenses publiques alors que le Nord-Est, plus pauvre, concentrant plus d’un tiers de la population du royaume, n’a bénéficié que de 6 % de ces dépenses ».

Aussi renommée qu’indépendante d’esprit, la professeure de l’université Chulalongkorn a refusé à plusieurs reprises d’exercer des postes de conseillère auprès des gouvernements militaires. Elle ne manque pas de souligner les cruciales contradictions d’une classe moyenne progressiste jusqu’à la fin du XXe siècle. Plus frileuse, celle-ci s’inquiète aujourd’hui de la corruption, mais est « également peu disposée à soutenir l’État de droit, craignant que {sa} position privilégiée ne s’en trouve menacée ». « Surtout, nombre d’entre eux craignent la démocratie parce qu’ils ne croient pas réellement en l’égalité ».

La parole de personnalités thaïlandaises est privilégiée. Ces acteurs choisis se distinguent par leur regard décalé ; fruit de racines régionales, d’un engagement intellectuel, de lignes de vie ou de parcours professionnels spécifiques.

La chanteuse de molam Rasmee Warranta, qui “fait encore et encore l’expérience du mépris”, et l’écrivain Pu Kradat évoquent de concert la mélancolie de l’exil forcé des gens d’Issan. Si ce dernier désespère de voir la société thaïlandaise changer en profondeur à moyen terme, un entrepreneur social de Surin prend le taureau par les cornes et ambitionne de révolutionner l’agriculture grâce à l’économie digitale.

Anukun Saipeth s’inquiète notamment de l’hégémonie d’un riz jasmin trop sucré dans une société vieillissante menacée par le diabète et l’obésité. « Aujourd’hui, il faut se poser la question des adaptations nécessaires de notre culture du riz en fonction des besoins sociaux actuels, dans chaque région », assène ce jeune passionné de 27 ans.

Continuez votre lecture sur lepetitjournal/bangkok