Quand le « street art » en Thaïlande s’attaque à la politique

street artLe chef de la junte thaïlandaise sur un panneau « sens interdit » ou caricaturé en chat porte-bonheur sur les murs de Bangkok: des artistes thaïlandais s’emparent du « street art » pour parler de politique.

Dans un pays où les rassemblements politiques restent interdits depuis un coup d’Etat il y a quatre ans, « Headache Stencil » s’est fixé comme défi de donner des maux de tête aux militaires, avec comme principal sujet d’inspiration le bouillonnant chef de la junte, le général Prayut Chan-O-Cha.

Il fait partie d’une minorité affichant son travail comme politique, dans un pays où, même avant le coup d’Etat, les artistes préfèrent s’en tenir éloignés.

« Ma première oeuvre, c’était une image du Premier ministre (Prayut) combinée avec celle du Dr Evil dans Austin Powers », raconte dans un entretien à l’AFP cet ancien créatif dans l’audiovisuel, qui s’est mis au graffiti après le coup d’Etat pour exprimer sa colère de citoyen.

Le visage masqué, il se prépare ce jour-là à une séance de collage dans une rue proche de chez lui, dans une périphérie de Bangkok. Afin de dénoncer l’écart entre les budgets pour l’éducation et la défense, il compte placarder sur les murs sa dernière création: un militaire faisant de la balançoire à bascule avec une petite fille, la tenant prisonnière en l’air.

« On consacre plus d’argent à l’achat d’armes que pour former les cerveaux », dénonce « Headache Stencil », 36 ans, qui refuse d’être identifié par son véritable nom, par mesure de sécurité.

L’une de ses caricatures, représentant le ministre de la Défense rattrapé par sa passion pour les montres de luxe, a eu au printemps un tel succès sur les réseaux sociaux que la police, ayant identifié la rue de prédilection du graffeur, s’était déplacée dans le quartier et avait tenté de localiser son studio, raconte-t-il.

– Consulter un avocat avant de graffer –

Dans ce pays où l’on risque la prison pour avoir porté un T-shirt contestant la monarchie ou posté sur Facebook un article de la BBC jugé contraire à la royauté, l’artiste a préféré se mettre au vert pendant quelque temps, sans aller jusqu’à l’exil comme nombre d’intellectuels thaïlandais.

Il participe en ce moment à une exposition, avec d’autres graffeurs, dans la toute nouvelle branche bangkokienne de la galerie londonienne Graffik.

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