Le soft power de Gilles Garachon

GarachonA peine revenu de la semaine des ambassadeurs, au cours de laquelle il a rencontré la nouvelle équipe qui dirige le pays, Gilles Garachon, ambassadeur de France en Thaïlande, a confié à Latitudes son optimisme pour les temps à venir.

Alors que le paysage politique de l’hexagone vient de se métamorphoser et que la présidence Macron promet de faire entrer

la France dans une ère numérique qui fait écho au volontarisme de la Thaïlande 4.0, Gilles Garachon aborde sereinement la deuxième partie de sa charge à Bangkok. L’ambassadeur de France en Thaïlande a confié son enthousiasme à Latitudes.

Monsieur l’ambassadeur, que vous a dit notre président ?

Il nous a fait un discours de politique étrangère,

comme c’est la tradition. Il s’est révélé très bon, car différent de ce que j’avais entendu de la part de ses prédécesseurs, qui se livraient généralement à un passage en revue des différentes crises mondiales du moment, faisant chaque fois un point sur la situation et sur les perspectives. Là, il s’agissait plutôt d’une mise à plat des grands principes de la politique étrangère que le président entend mener. Emmanuel Macron a fait tourner son intervention autour de trois principes : d’abord la sécurité, en insistant sur la menace terroriste et la réponse prioritaire qu’il faut lui apporter. Ensuite l’affirmation de l’indépendance de la politique étrangère de la France, dont il souhaite qu’elle poursuive une voie démarquée de celle des autres grands pays, qu’elle continue à affirmer notre identité. Enfin, il a beaucoup insisté sur le renforcement de notre capacité d’influence, dans tous les domaines. Ce qui est ressorti de son allocution, comme de celles du Premier ministre et du ministre des Affaires étrangères, c’est la dynamique créée par l’arrivée de cette nouvelle équipe.

Ils nous ont incités à utiliser au maximum cette dynamique, afin que la France progresse partout et s’efforce d’avancer le plus possible sur les grands dossiers. Je pense que là réside l’essentiel du message.

Cette dynamique ne s’est-elle pas déjà traduite par le fait que la France vient de se voir classée première du palmarès mondial du soft power ? Nous avons également vu Emmanuel Macron élu par le magazine Fortune “personnalité de moins de 40 ans la plus puissante au monde”. Cela semble significatif…

Nous assistons indubitablement à un rajeunissement en termes d’image de la France à l’extérieur. Indéniablement, quelque chose s’est passé, qui infuse dans la politique étrangère. De nombreux Thaïlandais m’ont dit “oh, il est charmant votre nouveau président !”. Au-delà de cet aspect un peu léger, sur le fond je crois que pour eux ça montre une résonnance particulière. Nos deux nations ont en commun leur indépendance,

notamment en politique étrangère. Les Thaïlandais ont toujours essayé d’équilibrer leurs rapports avec les autres nations, et à ce moment des relations internationales, ils sont enclins à travailler avec un partenaire dynamique, porteur d’idées et de surcroît membre permanent du conseil de sécurité des Nations Unies, donc capable de jouer un rôle de contrepoids sur un certain nombre de dossiers. Désormais, c’est à nous tous, l’équipe France, et bien sûr à cette ambassade, de proposer à Paris des modalités d’action qui tireront parti des initiatives françaises et éventuellement thaïlandaises.

Je suis très confiant, l’Asie est l’une des régions les plus dynamiques sur le plan économique, et l’Asean en particulier se révèle très prometteuse. Pour nous la Thaïlande est un pays singulier parce qu’il s’agit de l’un des pays leaders de l’Asean sur le plan politique. Elle a pris beaucoup d’initiatives politiques à l’échelle régionale durant les 30 dernières années et nous avons des relations économiques particulièrement substantielles. Certes, nos parts de marché y sont encore relativement modestes (1,4 %), mais si vous les comparez aux autres pays de l’Asean, nous sommes très bien placés en Thaïlande. À l’évidence, cette performance économique reste insuffisante et on peut mieux faire. Mais la présence française en Thaïlande est très considérable, si on estime que nous avons en gros 35 000 à 40 000 résidents français et que l’année dernière 730 000 touristes sont arrivés de l’hexagone. Les Français figurent d’ailleurs globalement parmi les premières communautés de résidents en Asie et l’ensemble du continent est l’une des destinations touristiques les plus prisées de nos compatriotes. La Thaïlande est donc importante à nos yeux et notre politique asiatique prend forcément en compte sa spécificité.

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