Brèves de l’ASEAN

De la part du Chef du Service économique régional pour l’ASEAN   
 Faits saillants
  • La croissance thaïlandaise s’établit à 2,3 % au T2 2019, son niveau le plus bas depuis le T3 2014
  • La banque centrale indonésienne abaisse à nouveau son taux directeur de 25 points de base à 5,5 %
  • Le Vietnam a renvoyé plus de 500 containers de déchets au cours des six premiers mois de l’année 2019

Région
  • 91 % des banques de l’ASEAN continuent de financer des projets thermiques au charbon, selon une enquête menée par l’ONG WWF. L’étude fait apparaitre que seules 9 % des banques de la région (sur 35 banques considérées) se sont dotées de politiques de gestion des risques climatiques. Parmi elles, les trois banques singapouriennes DBS, OCBC et UOB, ainsi que la banque thaïlandaise Kasirkon sont les seuls à remplir au moins la moitié des 70 critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) évalués par WWF. Par ailleurs, l’ONG déplore l’insuffisance des financements verts offerts par les banques de la région, en majorité à destination du secteur des énergies renouvelables, tandis qu’un manque de financement important est observé dans le domaine des infrastructures, de l’efficacité énergétique, de l’utilisation des terres et de l’agriculture.  
  • L’investissement dans les startups de l’ASEAN actives dans le secteur des nouvelles technologies a atteint 6,0 Mds USD au premier semestre 2019, après 3,6 Mds USD au S2 2018 et 8,3 Mds USD au S1 2018, selon un rapport réalisé par la société d’investissement en capital risque Cento Ventures. La société a recensé 332 opérations au cours du premier semestre 2019, contre seulement 177 à la même période l’an dernier, tirées par de nombreuses opérations d’investissements de démarrage (early-stage). Par pays, Singapour et l’Indonésie continuent de capter la majorité des capitaux, avec respectivement 25 % et 48 % des fonds investis, tandis que l’investissement au Vietnam progresse (17 % des fonds au S1 2019, contre seulement 5 % au S1 2018).
Thaïlande
  • La croissance du PIB a reculé pour le deuxième trimestre consécutif au T2 2019, à 2,3 % en glissement annuel (après +2,8 % au T1 2019), soit à son plus bas niveau depuis le T3 2014. Côté demande, l’ensemble des composantes du PIB s’affichent en ralentissement en glissement annuel sur la période, en particulier la consommation publique (+1,1 % au T2 après +3,4 % au T1), qui pâtit du retard pris dans la formation du gouvernement à la suite des élections de mars. Les exportations reculent pour le deuxième mois consécutif (−6,1 % en g.a, comme au T1 2019) – dans le contexte d’escalade des tensions commerciales sino-américaines et d’appréciation du baht (+5 % depuis le début de l’année), qui pèse en particulier sur les recettes du tourisme (comptabilisées dans les exportations de service) – de même que les importations (−2,7 % après −0,1 %). Côté offre, le secteur agricole, affecté par la sècheresse qui sévit dans le pays, ralentit fortement (+3,9 % après +9,8 %) alors que les secteurs non-agricoles voient leur production augmenter (+1,0 % après −0,8 %). A la suite de la publication de ces chiffres, les autorités ont abaissé leur prévision de croissance pour cette année, à 2,7 %-3,2 % (contre 3,3 %-3,8 % auparavant).
  • Dans un contexte de ralentissement économique, le gouvernement a annoncé un plan de relance de 316 Mds THB (environ 10 Mds USD). Ce plan vise en priorité les plus travailleurs à faible revenu et les personnes âgées, dont les allocations mensuelles vont être revalorisées, et les PME, via une augmentation des financements mis à leur disposition et les agriculteurs.  Les autorités anticipent une croissance de 3,0 % en 2019 en l’absence de l’effort de relance, après 4,1 % en 2018, et entendent la porter à 3,5 % grâce à ce plan.
  • Les revenus tirés des investissements dans les fonds communs de placement sont désormais taxés à la source par un prélèvement libératoire de 15 %. Les autorités cherchent ainsi à mettre sur un pied d’égalité les investissements obligataires réalisés via un fond d’investissement et les autres. Depuis le 20 août, seuls les investissements dans des fonds de pension sont exemptés.
Indonésie
  • La banque centrale a abaissé son principal taux directeur pour le deuxième mois consécutif, de 25 points de base  à 5,5 %. Cette décision a surpris les marchés qui s’attendaient en majorité à un maintien du taux, après la baisse opérée en juillet (après huit mois de stabilité). L’institution justifie sa décision par la nécessité de soutenir le crédit et l’accès au financement dans le contexte de détérioration des perspectives de croissance. Elle estime que la croissance annuelle du pays devrait s’établir entre 5,0 % et 5,2 %.
  • Le président Joko Widodo a présenté un projet de budget pour 2020 en hausse, à 178 Mds USD, reflétant la priorité donnée, sous son second mandat, au développement du capital humain. Le montant des dépenses du gouvernement proposé est en hausse de 1,5 % par rapport au budget prévisionnel de 2019, tandis que les recettes publiques progresseraient de 2,6 %, à 156 Mds USD. Les budgets alloués à l’éducation, à la santé et à la protection sociale sont en augmentation de 6 %, 13 % et 4 % respectivement. Ce budget s’appuie sur une hypothèse de croissance de 5,3 % (identique à celle de 2019) malgré la diminution de la croissance observée depuis le début de l’année (5,1 % en g.a au S1 2019). Il prévoit une inflation à 3,1 % (après 3,5 % prévu pour 2019) et une baisse de la production d’hydrocarbures (extraction anticipée de 734 000 barils de pétrole par jour en 2020 contre 750 000 en 2019 et de 1,19 million de barils équivalents pétrole de gaz en 2020 contre 1,25 million cette année). Selon ces hypothèses, le déficit public s’établirait à 1,8 % du PIB en 2020 (après  -1,9 %  prévu en 2019 et −1,9 % du PIB observé en 2018).
Malaisie
  • La banque centrale a annoncé une série de mesures visant à assouplir sa politique d’administration des opérations de change. L’objectif est de donner aux entreprises une plus grande flexibilité dans la conduite de leurs opérations quotidiennes et dans la gestion du risque de change. Le dispositif prévoit notamment que les centres de trésorerie résidents et non-résidents seront désormais autorisés à se couvrir contre le risque de change au titre des entités qui leur sont liées en passant par une banque onshore agréée, et en s’enregistrant auprès de la banque centrale dans le cas des centres non-résidents. Les non-résidents auront également la possibilité de se couvrir contre le risque de change de façon anticipée. Ces mesures seront effectives le 30 août 2019.
  • Le fonds souverain malaisien Khazanah a de nouveau injecté 300 M MYR (environ 72 M USD) dans la compagnie aérienne nationale Malaysia Airlines, dont il est l’unique actionnaire, portant ainsi le montant total des fonds accordés à la compagnie cette année à 800 M MYR (environ 191 M USD). Khazanah avait déjà accordé une aide de 500 M MYR en mars 2019.
  • Les autorités malaisiennes ont finalement renouvelé la licence de Lynas, le premier producteur de terres rares hors de Chine, pour une période de six mois. L’entreprise australienne se voit accorder un délai de quatre ans pour construire une unité de raffinage des terres rares hors du pays. Le processus de séparation, qui génère des résidus faiblement radioactifs, est actuellement effectué à Kuantan, en Malaisie.
Singapour
  • Les investissements en capital fixe réalisés à Singapour au cours du premier semestre 2019 s’établissent à 8,1 Mds SGD (environ 5,8 Mds USD), en forte hausse par rapport à la même période l’an passé (5,3 Mds SGD), selon l’agence EDB. Les autorités tablaient sur des investissements de 8 à 10 Mds SGD sur l’ensemble de l’année 2019. Ces investissements sont principalement réalisés dans le secteur manufacturier (4,6 Mds SGD, soit 3,3 Mds USD), et notamment dans le domaine de l’électronique, tandis que les services attirent 3,5 Mds SGD (2,5 Mds USD) d’investissements. Les Etats-Unis et l’Europe sont les principaux investisseurs dans la cité-Etat, avec respectivement 43,2 % et 34,6 % des investissements réalisés, tandis que 13,6 % des investissements émanent de Singapour.
  • Lors de son discours de rallye le 18 août, Lee Hsien Loong a annoncé le recul de l’âge de départ à la retraite et la poursuite de politiques visant à accroître la résilience des infrastructures face au changement climatique. L’âge de départ à la retraite, actuellement fixé à 62 ans, sera repoussé à 63 ans en 2020 et à 65 ans d’ici à 2030. Par ailleurs, le Premier ministre a insisté sur l’ampleur du défi que représente le changement climatique et a indiqué évaluer à 100 Mds SGD le coût des mesures d’adaptation que devra mettre en place Singapour, au cours des 50 à 100 prochaines années, pour faire face à la hausse du niveau de la mer.
  • Shell a annoncé le déploiement de points de recharge pour les véhicules électriques dans dix de ses stations-service (soit près de 20 % des stations de l’entreprise à Singapour) d’ici le mois d’octobre 2019. Les points de recharge rapide (50 kW permettant de recharger à 80 % la batterie d’un véhicule en 30 minutes) constituent une première pour l’entreprise en Asie du Sud-Est. Selon une enquête réalisée par Shell, 52 % de la population singapourienne n’envisage pas d’acheter ou d’utiliser un véhicule électrique en raison d’un nombre de point de charge jugé insuffisant.
Vietnam
  • De janvier à juillet 2019, les exportations du Vietnam vers les dix autres pays participant à l’accord de libre-échange CPTPP ont progressé de 7,6 % en glissement annuel, à 22,5 Mds USD. Les hausses des exportations vietnamiennes sont particulièrement marquées vers les marchés japonais (+9,7 % à 11,4 Mds USD), le Canada (+32,7 %, à 2,2 Mds USD) et le Mexique (+22,6 %, à 1,6 Mds USD). Dans l’ensemble, les exportations vietnamiennes à destination des pays membres du CPTPP ont représenté 15,4 % des exportations totales du pays.
  • Au cours des six premiers mois de l’année, le Vietnam a renvoyé vers leur pays d’origine plus de 500 containers de déchets solides qui ne respectaient pas les nouvelles normes vietnamiennes, qui ont été renforcées en août 2018. 12 300 containers de déchets sont actuellement dans les ports vietnamiens en attente d’être inspectés, dont 7 450 depuis plus de 90 jours. En décembre 2018, seulement 350 des 3000 containers entreposés dans le port Cat Lai, à Hô-Chi-Minh-Ville, avaient été inspectés.
  • Les banques vietnamiennes ont assaini leurs bilans en améliorant la qualité de leurs actifs, et le ratio de prêts non performants sur l’ensemble du système bancaire vietnamien devrait diminuer à 4,8 % fin 2020, contre 5,1 % fin 2018 selon un rapport de Moody’s Investors Service. Le ratio de prêts non performants, qui avait atteint un pic de 9,8 % à la fin de 2015, a régulièrement diminué en raison notamment d’un encadrement plus strict par la banque centrale de la croissance du crédit, qui devrait rester stable aux alentours de 14 % en 2019. Le rapport indique que les perspectives stables de Moody’s concernant le système bancaire vietnamien reflètent la solide performance économique du pays, qui soutient la qualité des actifs et leur rentabilité.
Philippines
  • A l’occasion de son discours sur l’état de la nation le 22 juillet, le Président R. Duterte a demandé au Congrès de voter rapidement les derniers paquets de la première tranche et la seconde tranche du programme de réforme fiscale. Au sein de la première tranche du programme de réforme fiscale (TRAIN 1), le Président a cité l’augmentation des droits d’accises sur les boissons alcoolisées et les produits issus du tabac. Les autres réformes, non explicitement mentionnées, concerneraient la refonte du système d’évaluation des biens immobiliers et la révision du système d’imposition sur les revenus du capital et sur les services financiers. La seconde tranche du programme de réforme fiscale, connue sous le nom TRABAHO Bill, prévoit notamment une diminution du taux d’imposition sur le revenu des sociétés, 30 à 20 % d’ici 2029,  et une rationalisation des incitations fiscales accordées aux entreprises.
  • Au premier semestre de 2019, les exportations françaises vers les Philippines ont progressé de 102 % à 626 M EUR, tandis que les importations françaises en provenance des Philippines se sont contractées de 15 % à 533 M EUR. Dans le détail, les exportations d’« aéronefs et engins spatiaux » a ont été multipliées par plus de 6, à 360 M EUR soit 57,4 % des exportations françaises vers les Philippines sur cette période. Les importations de « composants électroniques » ont diminué de 8 %, à 156 M EUR soit 29 % des importations françaises en provenance des Philippines. La France affiche ainsi un excédent bilatéral vis-à-vis des Philippines de  93 M EUR, après un déficit bilatéral de 317 M EUR sur la même période en 2018.
  • Début août, la signature du Philippine Space Act a permis la création de l’Agence spatiale philippine (PhilSA) ainsi que l’adoption de la première feuille de route en matière de politique spatiale nationale. Selon le texte de loi, la politique spatiale philippine sera développée autour de six axes clés : (i) sécurité nationale et développement, (ii) gestion des risques et études climatiques, (iii) recherche et développement spatial, (iv) renforcement des capacités de l’industrie spatiale, (v) éducation et sensibilisation au domaine spatial et (vi) coopération internationale. La nouvelle agence PhilSA, placée sous l’autorité du cabinet du Président, planifiera, élaborera et promouvra le programme spatial national.
Cambodge
  • L’Union européenne a approuvé un nouveau programme de soutien visant à promouvoir le secteur de la pêche au Cambodge (Capfish), d’un montant total de 112 M EUR. D’une durée de cinq ans, le projet fait suite au programme de 23 M EUR mis en place entre 2013 et 2018 afin d’améliorer la croissance et la durabilité du secteur. De 2013 à 2018, la production aquacole annuelle au Cambodge est passée de 90 000 à 250 000 tonnes et la production annuelle de la pêche de capture s’est établie à 600 000 tonnes en 2018. Le Cambodge souhaite porter les volumes issus de la pêche à 620 000 tonnes par an et accroître la production aquacole de 20 % d’ici 2023.
Birmanie
  • L’entreprise publique New Yangon Development Company a annoncé avoir retenu le groupe thaïlandais PTT et les groupes indiens Indraprastha Gas et Gail Consortium pour fournir en électricité et gaz naturel la future ville nouvelle dans la région de Rangoun. Le groupe thaïlandais, et ses filiales PPT, PTTEP et GPSC, sera en charge de l’alimentation et de la distribution électrique, et les indiens de l’alimentation et de la distribution de gaz naturel. Comme le développeur général du projet, le groupe chinois China Communications Construction (CCCC), les développeurs thaïlandais et indiens devront, dans un premier temps, élaborer les « documents de pré-projet », qui seront ensuite soumis à une procédure compétitive de type « swiss challenge ». Encore très controversé, en raison de son impact environnemental mais aussi de ses conditions de lancement, le projet de ville nouvelle, lancé en 2018, n’a pas encore reçu l’aval officiel du gouvernement et les documents pré-projet soumis par le développeur chinois CCCC n’ont pas encore approuvés par les services du Procureur général.

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