Enfants confisqués au Japon : le calvaire des parents français

JaponEn cas de séparation de couples franco-japonais, de nombreux enfants sont « enlevés » par l’un des conjoints, sans que les autorités nippones ne bougent le petit doigt. Parents français et parlementaires lancent un énième cri d’alerte.

Lorsque Vincent Fichot rentre à son domicile tokyoïte, l’après-midi du 10 août dernier, sa vie vole en éclats. Les lieux ont été vidés, ses deux enfants volatilisés. Aucun doute dans l’esprit du Français résidant au Japon depuis 12 ans : la mère les a enlevés. La pratique concernerait près de 150.000 mineurs chaque année dans le pays. En cas de divorce dans l’archipel, l’autorité parentale n’est confiée qu’à l’un des deux parents, et, selon les statistiques officielles, à la mère dans 80% des cas. Commence alors pour Vincent une série d’interminables démêlés avec les autorités policières et judicaires nippones, pour tenter de revoir ses enfants. «  J’ai porté plainte à trois reprises. On m’a ri au nez ou rappelé que si j’essayais de récupérer mes enfants, je serais condamné pour kidnapping, raconte-t-il, fébrile.  J’ai ensuite été menacé de poursuites judiciaires si participais à une conférence de presse. Ma femme m’a demandé de rédiger un courrier dans lequel je déclarais être un homme violent pour pouvoir revoir mes enfants. Je n’ai cédé à aucun de ces chantages ».  Résultat : cela fait sept mois qu’il reste sans nouvelle de sa progéniture.

Ce sentiment d’impuissance et de désarroi, Emmanuel de Fournas ne le connaît que trop bien. Le Français passe 23 jours en garde à vue lorsque sa femme, lui promettant qu’il reverrait sa fille, le fait arrêter pour tentative d’enlèvement. En 2014, il est le premier père d’un enfant franco-japonais à engager une procédure judiciaire dans le cadre de la Convention de la Haye sur les aspects civils de l’enlèvement international d’enfants. Bien que le Japon l’ait ratifiée en 2014, la législation nippone en freine encore aujourd’hui l’application. « Lors de l’audience, on m’a demandé de verser 500 euros par mois à mon ex-épouse le temps de la procédure, à l’encontre des règles de la convention. C’est leur joujou, ils ont font ce qu’ils veulent », condamne Emmanuel, excédé par tant d’années de démarches infructueuses.

Justice entravée

 «  La détresse des parents et des grands-parents privés de leur enfant demeure immense », déplore le sénateur des Français de l’étranger Richard Yung, qui planche sur le dossier depuis 16 ans.  En vertu du principe de continuité (celui qui a la garde de l’enfant au moment de la décision de justice, et donc le « ravisseur », la conserve), «  les juges japonais ont complètement ignoré la loi », estime Thierry Consigny. Ce conseiller consulaire élu à l’Assemblée des Français de l’étranger dénonce le commerce juteux des avocats spécialisés en divorce dans l’archipel. « Nombreux sont ceux qui suggèrent à l’épouse d’enlever l’enfant, de se plaindre d’être victime de violence conjugale. Les juges accordent alors facilement la garde exclusive ainsi qu’une pension alimentaire, indépendamment de intérêt de l’enfant qu’ils déclarent pourtant protéger », condamne-t-il.

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