La « haute société » thaïlandaise s’épanouit au royaume des inégalités

haute sociétéC’est la saison du polo en Thaïlande et des équipes composées d’Argentins douées et d’Asiatiques fortunés vêtus de jodhpurs galopent sur le terrain parfaitement ciselé, alors que les spectateurs quittent un pavillon – des verres de champagne à la main – pour la chukka finale.

Le « sport des rois » connaît actuellement un renouveau inattendu en Thaïlande, l’un des pays les plus inégalitaires au monde et qui a rendez-vous avec les urnes le 24 mars avec en toile de fond le fossé abyssal et exponentiel de la répartition des richesses.

La Thaïlande compte pas moins de 50 milliardaires, selon le dernier classement très fourni publié par les chercheurs chinois du Hurun Report. Cela en fait le neuvième pays au monde pour le nombre de milliardaires, devant la France, le Japon et Singapour.

Une partie de cet argent a payé la partie lors d’un récent événement caritatif au Thai Polo & Equestrian Club, surprenante oasis de pelouses calibrées et taillées avec précision, de vestiaires lambrissés et d’écuries à quelques encablures de Pattaya la scandaleuse.

« Le polo est-il élitiste? Oui, vous ne pouvez pas nier qu’il s’agit d’un sport d’élite », déclare Nunthinee Tanner, cofondatrice joviale du club et doyenne de la scène équestre thaïlandaise. « Un groupe restreint joue à travers le monde parce que cela coûte très cher et demande beaucoup de pratique. »

Tandis qu’elle parle, des femmes thaïlandaises « HiSo » (pour « haute société ») en talons aiguilles et coiffées de chapeaux extravagants s’aventurent sur le doux gazon. Des rires se font entendre depuis la tente Veuve Clicquot où des hommes en pantalons en crépon de coton roses vont camper toute la journée.

« C’est un sport de PDG et de membres de la royauté », explique Nunthinee.

Le signal donné, le milliardaire Harald Link – un homme d’affaires et philanthrope né en Allemagne naturalisé thaïlandais et co-propriétaire du club – mène l’équipe locale sur le terrain, le maillet à la main.

Parmi les grands patrons de l’équipe, on trouve Brian Xu, dirigeant des plus grands fabricants de crayons au monde, basé à Shanghai, ou encore le sultan Abdullah, absent de dernière minute en raison de son accession soudaine au trône de Malaisie.

Inventé par des guerriers perses et codifié par les impérialistes britanniques, le polo a trouvé sa place depuis longtemps en Thaïlande, royaume où la royauté, les richesses et les réseaux d’élites sont entrelacés dans le tissu social.

La plupart des équipes sont composées d’Argentins qui perçoivent des salaires faramineux et que les grands patrons s’attachent pour jouer aux côtés des meilleurs.

Le magnat thaïlandais du duty-free, feu Vichai Srivaddhanaprabha, était l’un des plus gros passionnés de ce sport. Il est décédé l’an dernier dans un accident d’hélicoptère devant son club de football de Leicester City, en Grande-Bretagne, laissant une fortune estimée à 5,8 milliards de dollars à son héritier.

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