Se séparer en expatriation : la double rupture

expatriationL’expatriation contribue à décupler les effets négatifs d’une séparation.  Dépendance financière de l’un des conjoints, culpabilité de séparer géographiquement les enfants d’un parent : les choix sont d’autant plus cornéliens que les ressources traditionnelles d’écoute et d’assistance font souvent défaut à l’étranger. Regards croisés. 

« Une rupture est un processus psychique douloureux qui se dessine en plusieurs étapes : le choc, la recherche de l’autre ou l’évitement, la colère, la dépression puis la reconstruction. Le ressenti est démultiplié en expatriation dans la mesure où il y a déjà eu une séparation avec la famille, le pays, les amis. Il y a donc une double séparation, une double rupture », analyse Dorothée Sibille, psychologue clinicienne basée à Hanoi.

Chez les couples expatriés, les difficultés rencontrées face à l’intégration, la recherche d’un travail, le manque de relations et activités sociales peuvent se traduire par de l’anxiété et des souffrances psychologiques. Or, l’expatriation véhiculant souvent sa cohorte de stéréotypes positifs, il arrive que ces maux soient mis en sourdine, par crainte de renvoyer une image d’échec.

D’autant plus que les communautés d’expat’ sont souvent réduites et partant, les rumeurs et jugements libres de circuler facilement. « C’est assez tabou, observe Isabelle Tiné, ancienne expatriée à l’origine du groupe Facebook Expat nanas : séparées, divorcées, qui compte près de 400 membres. Beaucoup de couples enchainent les expatriations et ignorent les difficultés conjugales, par peur d’assumer les conséquences ».

L’altération de l’équilibre du couple entre l’actif et l’inactif, celui qui est en plein essor professionnel et l’autre qui a sacrifié sa carrière risque de conduire à un appauvrissement du lien et de l’estime – de soi et de l’autre. « Si ces décalages se creusent et s’il n’y a pas de discussion, le couple peut vite entamer une guerre de tranchée », observe Dorothée Sibille.

Retrouvez cet article sur lepetitjournal/bangkok