Crash de Phuket : enquête sur une affaire oubliée

Crash de PhuketLa justice relance ses investigations sur un accident aérien où neuf Français avaient péri en Thaïlande.

Dix ans jour pour jour après le crash d’un avion lors de son atterrissage sur l’île paradisiaque de Phuket, en Thaïlande, qui a fait 90 morts dont 9 Français, la justice française passe à la vitesse supérieure.

Selon nos informations, un mandat d’arrêt international a été lancé,

 cet été, à l’encontre d’Udom Tantiprasongchai, ancien PDG des compagnies aériennes thaïlandaises One-Two-Go et de sa maison mère, Orient Thai Airlines, dans le cadre de l’enquête ouverte par la France pour homicides et blessures involontaires.

Une procédure exceptionnelle pour un président de compagnie aérienne, qui intervient après dix ans d’enquête au cours desquelles la coopération entre les deux pays a été défaillante. Pourtant, deux ans après le crash, le rapport d’accident publié par les autorités thaï-landaises définissait clairement les responsabilités du crash de l’avion McDonnell Douglas MD-82. Dans ce document de plus de 150 pages, si les enquêteurs reconnaissent que les conditions météorologiques, avec des vents violents, étaient difficiles, ils pointent du doigt les erreurs de pilotage du commandant et de son copilote.

Surtout, ils découvrent que le temps de travail des deux hommes était largement dépassé. «Les limitations liées aux temps de vols et aux temps de repos des deux pilotes n’ayant pas été respectées, l’équipage a accumulé du stress, écrivent les auteurs du rapport. Lorsqu’ils se sont retrouvés dans une situation critique en condition météorologiques dégradées, ils n’ont pas su réagir efficacement.»

Des convocations refusées

Une organisation défaillante que la compagnie a tenté de dissimuler. Dans un mail du 13 octobre 2007, un collaborateur d’Udom Tantiprasongchai écrit : «Une chose dont nous devrons nous préoccuper est le fait que l’assureur peut demander des copies du journal de bord de l’avion. Y a-t-il quelqu’un à qui nous pourrions faire confiance pour nous aider à refaire le journal de bord ?» Le mail sera adressé en copie à Udom Tantiprasongchai. Autre pièce au dossier, le témoignage d’un ancien pilote de la compagnie recueilli par la justice française : «Lorsque je suis arrivé avec X au briefing, j’ai été étonné de constater qu’une enveloppe d’argent de 150 dollars nous attendait pour chacun. On m’a expliqué que c’était pour accepter de dépasser les heures limites de vol. C’était normal d’accepter, c’était une politique chez Orient Thai.»

Autant d’éléments qui ont poussé la justice française à tenter d’entendre Udom Tantiprasongchai pour le mettre en examen. Des convocations refusées par l’homme de 62 ans qui estime que la justice française n’est pas compétente territorialement.

Quant aux autorités thaï-landaises, elles considèrent que la responsabilité de l’accident incombe exclusivement aux pilotes, la procédure s’est donc éteinte avec leur mort. Reste que, selon des éléments rassemblés par la France, l’ancien PDG serait un proche de la famille royale de Thaïlande. Ce qui pourrait expliquer le peu d’empressement de l’Etat asiatique à collaborer. Contactée à plusieurs reprises, l’ambassade de Thaïlande en France n’a pas répondu.

Retrouvez cet article sur le leparisien.fr