Les tribus montagnardes du Laos peinent à sortir de l’opium

opiumAllongé dans une hutte au sommet d’une montagne du Laos cernée par la brume, Vo Pali plane. Sa drogue, c’est l’opium, fait à partir des champs de pavots cultivés sur des hauteurs inaccessibles par les tribus montagnardes du Laos.

« Je fume trois fois par jour », explique dans un grommellement ce paysan de l’ethnie Hmong, dans ce petit pays d’Asie du Sud-Est enclavé entre Birmanie, Thaïlande et Chine, au milieu du Triangle d’Or. « Cela a ruiné ma vie », explique celui qui vivote et fume de l’opium depuis ses 30 ans.

La conversation s’interrompt au moment où il s’apprête à prendre sa première dose de la journée. Vo Pali brûle une boule de résine d’opium noire, grosse comme le pouce, au-dessus d’une bougie, puis la place dans sa pipe en bambou. Il en prend cinq profondes bouffées, et le voilà parti.

L’ethnie montagnarde des Hmong fait pousser de l’opium à usage médicinal et récréatif depuis des générations. Mais au Laos, dirigé par un régime communiste à parti unique depuis des décennies, aucune étude globale sur l’addiction n’a jamais été menée et pratiquement aucune infrastructure de réhabilitation n’existe, contrairement à des pays voisins plus développés comme la Thaïlande.

Coincé entre cinq pays, le Laos joue depuis des décennies un rôle de premier plan dans le trafic de drogue du « Triangle d’or ». Dans les années 1960 et 1970, le Laos a commencé à exporter massivement son opium, pour alimenter notamment les Etats-Unis, où la consommation d’héroïne (faite à base d’opium) explosait. Un moyen comme un autre de nuire à l’ennemi capitaliste.

Depuis un décret de 2006, la culture de l’opium est officiellement interdite au Laos. Ce qui n’empêche pas les tribus montagnardes de continuer à cultiver du pavot et à produire de l’opium, pour leur usage personnel mais aussi pour l’exportation. Certains Hmong sont devenus trafiquants de drogue, liés à la criminalité organisée internationale.

Mais nombre des membres de ces tribus ne profitent pas des dividendes centralisés par quelques-uns. « Les habitants de ces régions reculées sont très pauvres », explique à l’AFP Onphiuw Khongviengthong, responsable de l’Autorité anti-drogue laotienne (LCDC), lors d’une rare interview à un média étranger, dans ce pays au régime cultivant le secret. « Ils ne sont pas très éduqués, ne connaissent pas la loi, alors il est facile de les tromper et de les utiliser à des fins de trafic » pour les intermédiaires, explique-t-il.

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